« L'AFSSA | Page d'accueil | Nouveau lien »

11/03/2006

Le diagnostic

"Les animaux ne parlent pas, votre métier doit être plus difficile que celui du médecin", nous dit-on souvent. Comment fait un véto pour poser un diagnostic à partir d'un malade qui ne possède pas notre langage ? Le vétérinaire utilise à peu près les mêmes outils intellectuels que le médecin. Mais si le patient est l'animal, c'est bien le propriétaire qui sert de relais avec l'homme de l'art.

Dans un premier temps, il va recueillir les commémoratifs. Les antécédents médicaux, le mode de vie, et tout ce qui concerne directement l'animal va servir à consolider les futures hypothèses diagnostiques (espèce, race, sexe, âge, embonpoint, statut reproducteur, etc). Puis après avoir collecté ces renseignements, le vétérinaire va s'attacher à l'évolution de la maladie et de ses symptômes, c'est l'étape de l'anamnèse. Bien sûr, le propriétaire est l'interlocuteur privilégié de cette première approche. Enfin, l'examen clinique permet de détecter d'autres signes, souvent non observés par le maître de l'animal. Le vétérinaire appuie son analyse sur ses connaissances en sémiologie médicale qui est la science de l'étude des signes.

Les principaux outils d'un diagnostic bien conduit sont les cinq sens. Un examen clinique d'un malade commence toujours à distance, donc par la vue. Les yeux servent aussi à apprécier la couleur des muqueuses (blanches, rosées, légèrement jaune ?). Le toucher permet d' évaluer le caractère rugueux d'une peau, la grosseur d'une articulation ou la chaleur d'un œdème. L'ouïe est utilisée lors de l'auscultation afin de rechercher râles, souffles cardiaques et crépitements. L'odorat détecte les séborrhées et leur odeur de rance, les insuffisances rénales avancées et leurs relents d'ammoniaque. Le goût… et bien non, nous ne sommes pas comme les médecins de Louis XIV qui recherchaient les miasmes dans les fécès royales.
Bien sûr l'homme n'est pas infaillible et son interprétation est parfois erronée. Il serait alors tentant de se retrancher derrière toute une batterie d'examens parfois inutiles et souvent onéreux. Et lesdits examens nécessitent des instruments qu'il faut calibrer, faire réviser, manipuler avec compétence et interpréter avec prudence. Les techniques modernes de diagnostic (radiologie, scanner, échographie, électrocardiogramme, analyses sanguines, et les autres) ne peuvent pas se substituer à la simple observation, d'autant plus qu'elles ne donnent que des information parcellaires qu'il faut situer dans un contexte. On le voit, l'esprit humain est le passage obligé du diagnostic.

Il semble admit qu'il existe trois grandes méthodes de raisonnement médical, applicables isolémment ou ensemble selon les circonstances et les habitudes intellectuelles du praticien.
La première est intimement liée aux connaissances du vétérinaire ; connaissances en perpétuelle évolution comme les données de la science. Pour imager ce type de raisonnement, il s'agit ici de donner le bon réusultat à partir des symptômes, à l'image du bibliothécaire qui va directement au bon rayonnage lorsqu'on lui indique le thème d'un livre. Il s'agit certainement d'une méthode très efficace mais limitée par le savoir, aussi grand soit-il, du véto. Il suffit que la maladie fasse partie des rares pathologies que celui-ci ne maitrise pas, pour que le diagnostic soit incomplet.
Pour la deuxième méthode, on utilise plutôt des critères de décision, qui de proche en proche permettent de cerner la bonne maladie, grâce à des algoritmes. A-t-on tel symptôme ? Si oui, alors survient-il dans telle circonstance ? Si non, l'animal est-il actuellement sous traitement ? Dans le premier cas, l'apparition des premiers signes a-t-elle été sur un mode chronique ? Si oui… etc. Impossible de rater les étapes, mais le cadre est rigide et ne permet pas de s'affranchir des aléas et incertitudes de la biologie.
Enfin, une approche plus clinique, plus intuitive permet de poser un diagnostic en fonction des probabilités d'apparition de telle ou telle maladie. Très pratique (la diarrhée d'un chien est plus souvent dûe à un désordre alimentaire qu'à une insuffisance pancréatique, par exemple), cette méthode est souvent propre à chaque vétérinaire et/ou de la population animale à soigner.

La consultation permet de recueillir un ensemble de données. Certaines sont primordiales, d'autres secondaires, certaine inutiles. Quelques hypothèses sont émises et il faut alors les trier pour n'en retenir qu'une. Dans la majorité des cas, un diagnostic est posé. Mais un doute est toujours possible, ainsi qu'une incertitude entre deux maladies aux signes proches. Les examens complémentaires entrent alors en jeu pour préciser une idée de départ, et, le fin du fin, confirmer si possible l'hypothèse initiale.

Enfin, au bout de ce processus, le diagnostic est établi, permettant d'avancer un pronostic et de proposer un traitement.

Ecrire un commentaire