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20/12/2006

Ne dites pas à ma mère que je suis véto, elle croit que je suis dealer

Au risque de décevoir les défenseurs de la cause animale, il n'y a aura bientôt plus de vétérinaires praticiens en France. Si cette profession attire toujours de nombreux jeunes (voire très jeunes), cet engouement est loin d'être partagé par nos hommes politiques.
Au vu du coût de la formation d'un vétérinaire dans une des quatre écoles nationale, il n'y aura bientôt plus d'argent pour assurer leur formation. Non pas à cause d'une absence d'espèces sonnantes et trébuchantes, mais bien à cause de la sacro-sainte rentabilité. Les comptes sont vite faits. Quel serait l'intérêt de financer une profession qui se féminise à quasiment 80% (et il est bien connu que la femme vétérinaire arrête de travailler dès qu'elle est mariée…) et dont le but est de soigner des chiens chiens à sa mémère ?
Le budget autrefois investi permettait un juste retour des compétences : les premiers vétérinaires furent créés afin de soigner les chevaux de nos valeureux dragons. L'équivalent actuel est le mécanicien. Lorsque ce bel animal (le cheval, pas le mécano !) devint un simple objet de parade militaire sur les Champs Elysées, l'Etat continua à utiliser les vétos durement sélectionnés afin d'assumer les actions sanitaires régies par la loi. Derrière chaque fièvre aphteuse, peste équine ou rage vulpine, se cache encore un véto.

Mais le désengagement est déjà irréversiblement entamé. Citons pêle-mêle.
L'Ecole Vétérinaire de Maisons Alfort tombe en ruine et rien ne semble présager d'une nouvelle construction digne de ce nom. Si une solution existe, il faudra regarder vers le secteur privé.
La récente réforme du cursus professionnel est la risée de nos confrères européens malgré les trois dernières tentatives de refonte.
La désertification de nos campagnes, associée à une notion de continuité de soins, rend l'exercice en milieu rural quasi impossible. A moins d'envisager une retraite prématurée.
Les contraintes apportées à l'exercice quotidien deviennent un réel casse-tête que de nombreux vétérinaires ne sont pas en mesure de résoudre. Ils préfèrent simplement s'orienter vers d'autres secteurs ou carrément abandonner leur métier (prof d'Aïkido, sculpteur, restaurateur, romancier...)
Récemment, la crise de la Grippe Aviaire a mis en évidence le manque d'estime de nos dirigeants pour une profession pourtant entièrement dévouée à la cause animale et qui s'est transformée en faire valoir électoral. Du coup, l'action des vétérinaires sanitaires en cas de foyer grippal relevait du bénévolat. Et si l'équipement du moindre pompier venu récupérer le cadavre d'un cygne mort de vieillesse était digne de Star Wars, celui des vétérinaires sanitaires leur fut envoyé que 6 à 12 mois plus tard par leur autorité de tutelle.

Affligeant constat qui hélas annonce une pente glissante savonneuse.
Fierté de nos hautes instances, le fameux maillage des vétérinaires sanitaires va devenir en fait une vraie passoire faute de moyen humains et financiers. Le plus petit Poxvirus va transformer nos étables en pétaudière.
Les exigences légales drastiques concernant l'usage d'appareil de radiologie va entraîner une facturation de +30 à 50% pour la réalisation des clichés. En voie de conséquence il y a fort à parier que l'équipement radiologique sera de plus en plus rare dans un cabinet vétérinaire.
D'un point de vue pratique, le même type de législation interdit actuellement les traitements anti-cancéreux sur les animaux.
Et ne soyons pas dupes : les mises aux normes associées aux contrôles de rigueur ne sont pas gratuites et permettent de financer des organismes dépendant directement des ministères. Oui, cela s'appelle une taxe.
Les pressions fiscales, ainsi que les exigences du code du travail, ne vont certes pas favoriser la fuite des vétos en Suisse, mais plutôt un regroupement des matières grises dans de grosses structures rentables dans des agglomérations de plus de 10 000 habitants. En deça ? Le désert. Il faudra parcourir au moins 20 à 30 kilomètres avant de trouver un vétérinaire de garde (ou d'astreinte, mais c'est un autre débat !) qui de toute façon va vous demander vos garanties bancaires avant d'intervenir (prévoir la carte bancaire).
Face à des textes de loi de plus en plus touffus, le véto devra passer plus de temps à les comprendre et à les appliquer qu'à se perfectionner sur l'implication de l'hyperkaliémie dans les bradycardies ou sur les dernières avancées thérapeutiques de l'atopie canine.

Le propriétaire d'un animal aura finalement devant lui un juriste émérite mais un bien piètre biologiste. Le médecin des animaux devient progressivement un technocrate, forcé et contraint.

Toi, le jeune qui veut soigner des zanimaux, prépare déjà ton doctorat en droit ou un master en marketing. Sinon envisage une profession qui entre dans une des deux catégories suivantes, le summum étant celle qui appartient aux deux :
- Les professions légalement incontournables (liste non limitative) : notaire, banquier, huissier, assureur, avocat (ou juge, mais évite la force publique où tu risques de recevoir des mauvais coups).
- Les professions socialement protégées pouvant profiter des 35h et des RTT (la liste serait trop longue pour la citer ici !).

Commentaires

et oui comme dit mon patron tout fou le camps.
D'ailleurs lui aussi il arrête, pour Noel il nous a annoncé son intention de vendre le cabinet du coup l'asv et moi on sait pas trop ce qu'on va devenir....

Ecrit par : yeti | 22/12/2006

Votre blog est tres informatif pour un veto travaillant en Amerique du Nord. Contrairement a la France, semble-t-il, la qualite de l'instruction aux ecoles veterirnaires au Canada et aux Etats Unis est tres elevee. Je sympathise avec vous... c'est malheureux. Qu'est-ce qu'il faudrait en France? Tout simplement de l'argent pour soutenir ces ecoles? La FMV au Quebec a failli perdre son accreditation americaine. Peu de temps apres des millions de dollars ont ete investis. Parait-il que la FMV est maintenant aussi impressionante que les meilleurs ecoles veterinaires aux etats....

Ecrit par : Clifford | 04/02/2007

hé bien, ça sent la crise de désespoir!
on vient juste de dépasser la barre des 70% de filles dans la promo des poulots, et d'ailleurs les filles ne jurent pas toutes par les mimi chats ou les gentils toutous. J'ai des copines qui comptent faire de la rurale pure et qui décorent leur murs avec des posters de Normandes ou autres Montbéliardes, il y a étrangement pas mal de gars qui ne veulent pas faire de rurale mais plutôt de la canine pure.
La réforme du cursus est un gros bordel, je suis d'accord, mais de là à être la risée des autres pays européens... L'allemagne a toutes les peines du monde à réformer son cursus pour faire faire un peu de pratique à ses étudiants qui savent à peine poser un cathé en fin de 4è année... Les érasmus allemands qui viennent à Nantes sont fous de joie quand on les laisse faire une sous cut'
Alors oui, il y a de plus en plus de paperasse, les vétos ruraux disparaissent (le nombre d 'élevages diminue également), mais il ne faut pas être si sombre!
(je reste d'accord sur certaines choses, mais j'ai même pas commencé à bosser, alors on va essayer de regarder ça d'un oeil optimiste!)

Ecrit par : Sangui | 11/02/2007

le ton se voulait polémiste.
Hardi moussaillon !!!

Ecrit par : François | 13/02/2007

Mais non tout ne fout pas le camp, mais le monde n'évolue pas toujours comme on le voudrait!

Je suis d'accord pour le problème que nous avons à mettre notre formation aux normes européennes, mais celle ci reste quand même très bonne... même si incomplète dans de nombreux domaines! Mais soyons réalistes, il faut au moins une vie pour devenir un bon véto!

Espérons que la réforme de l'Ordre nous permettra de valoriser notre métier vis à vis des autorités et du grand public et que tous les vétos sortis n'oublieront pas l'école et aideront à son évolution!

D'autre part, nous ne pourrons jamais avoir un maillage du territoire tel que celui des pharmaciens par exemple, nous ne sommes pas assez nombreux! La solution réside certainement dans des modèles proches de ce qu'on trouve en UK: de grosses structures regroupant des vétos avec chacun une sensibilité différente (chir, ophtalmo, RH, radio, marketing... pour ne citer qu'eux), ce qui permet d'avoir plusieurs spécialistes sur une même structure et de diviser les coûts. En plus, je trouve que notre profession reste assez individualiste et que pouvoir travailler en groupe est une opportunité, certes financière et pratique, mais surtout humaine et intellectuelle.

Bref, message positif d'une toute jeune sortie qui a encore beaucoup d'espoirs: tout n'est pas perdu, la profession a encore de beaux jours devant elle, et c'est à nous de les écrire!

Ecrit par : Moon | 08/03/2007

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