29/01/2013

La douleur animale.

Comme me disait une fois une jeune consoeur : "Je voulais être véto pour soigner les chiens et les chats et parce j'aime les animaux. Depuis que je fais ce métier je ne vois que de la souffrance, je ne sais pas si je vais continuer longtemps".

Oui, dur dur.

La douleur chez les animaux a longtemps été très sous-estimée. L'emploi courant de la morphine n'est répandu que depuis dix à vingt ans. De nombreuses molécules antalgiques, alors qu'elles étaient utilisées à l'étranger, n'ont été commercialisées en France que très récemment. Heureusement, l'usage fréquent de ces substances permet de voir des animaux "heureux" après une chirurgie. Chaque protocole anesthésique incorpore maintenenant une lutte contre la douleur. Meilleure cicatrisation, meilleure reprise d'une activité, soins plus faciles, satisfaction du client,  et aussi, il faut le dire, du véto. Même chez les animaux de rente, cette douleur est prise en compte lors d'interventions. C'est dire.

Mais comme demandait un des lecteurs de ce blog à parution annuelle (ou presque !)  : comment on sait que notre animal souffre ?

D'un point de vue clinique, des critèress permettent d'évaluer cette douleur : posture, alimentation, fréquence respiratoire et cardiaque, ... Le clinicien met une note à tout ça et en fonction du total cela permet de voir si l'animal souffre plus ou moins. Il faut bien reconnaitre que cette approche de "scoring", pour intéressante qu'elle soit, n'est guère pratique lorsqu'on veut l'appliquer directement à son animal.

La comparaison avec des pathologies humaine permet de faire des analogies. Si un cancer humain fait souffrir, il n'ya aucune raiuson que cela ne fasse pas souffrir aussi chez un animal. Votre chien boite ? C'est qu'il a mal. Votre chat, pourtant gourmand, reste couché et ne va pas toucher à ses croquettes ? Il a sans doute mal (stomatite, abcès). Votre chien penche la tête ? Il a peut-être mal à une oreille.

En l'absence de signes extérieurs de douleur (le chien ou le chat ne parlent pas !) les traitements antalgiques devraient être quasi automatiques, même en cas de doute.

Parlez-en à votre véto !!!

 

08/06/2012

Rhino féroce

Il y avait hier soir un reportage sur le massacre des rhinocéros. On est certes très loin de celui perpétué quotidiennement en Syrie mais quand on sait ce que l'Homme est capable de faire à ses congénères, rien d'étonnant à ce qu'il agisse en barbare avec les animaux.

Les cornes sont arrachées, coupées à la machette et les rhino laissés agonisants, exsangues, dans la savane. A quoi ça sert une corne de rhino ? A rien. Cela ne doit pas avoir plus de vertu qu'une corne de vache ou qu'un bout d'ongle de mandarin chinois. Les asiatiques en sont fou et donne à cet ornement kératinisé de nombreuses propriétés selon les principes de la médecine traditionnelle chinoise. Certes de nombreuses études tentent de montrer l'inefficacité de la poudre extraite de cette corne, mais rien n'y fait. Remarquez, en France, on est persuadé que manger de la cervelle rend intelligent et des testicules de taureau ont autant d'efficacité que le viagra et le poivre réunis sur une tartine de ginbembre. Obscurantisme quant tu nous tiens...

Et à raison de 50 000 $ le kilo (et une corne pèse au moins 1 kilo, sachant qu'il y en a deux par animal), on imagine que les braconniers miséreux soient attirés par le gain de cette chasse ignoble.

Et quon ne vienne pas me parler des bienfaits de la médecine chinoise.

 

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04/02/2012

Les tumeurs mammaires (bis)

Les tumeurs mammaires (chez la chienne ou chez la chatte) est un sujet qui semble attirer beaucoup de monde ici. J'ai donc fermé les commentaires du premier billet, pour en ouvrir un autre. Si ce blog n'est pas spécialement un ersatz de SOS Véto Bobo, il peut toutefois rester un lieu d'échange et de recherche d'informations. Je demanderai donc aux auteurs de commentaires, soucieux de la santé de leur animal, de bien lire les deux articles consacrés à cette pathologie. Afin de ne pas alourdir les textes à consulter par la suite, je me réserve le droit d'effacer les questions qui :

1) n'amèneraient pas forcemment une réponse générale profitable à tout le monde

2) ont leur réponse dans les précédents articles et commentaires.

3) qui ne peuvent être solutionnées que par une connaissance précise du cas clinique et donc que par le véto qui suit votre animal. De façon générale, retenez malgré tout, et j'insiste lourdement, que la réponse la plus adaptée à votre question ne peut être apportée que par un véto ayant connaissance du cas clinique (donc avec votre animal sous les yeux et avec la possibilité de pouvoir dialoguer de vive voix avec le propriétaire de l'animal).

Enfin, ce blog reste un blog et n'est pas un site de santé animale. En cas d'urgence, ou lorsque la souffrance animale vous semble trop forte, contactez le véto le plus proche de votre domicile

Je me permets de reprendre une longue réponse de T1F1 fort bien argumentée parue dans l'article précédent.

Une masse, si petite soit elle, peut être un cancer très agressif, surtout chez le chat, donc le mieux est d'opérer dès la détection, quant à savoir si on enlève la masse, la mamelle, la demi-chaine ou la chaine complète c'est en effet une partie de poker, on peut orienter le choix ainsi :


- pour la chatte : 90% des tumeurs sont cancéreuses, donc on enlève la chaine complète, ça ne prend pas beaucoup plus de temps et ça évite de ré-intervenir 4 ou 5 fois (sauf animal débilité ou opération de confort)

- ce n'est pas parce que la ou les tumeurs étaient bénignes d'un côté qu'elles le sont de l'autre, il n'y a aucune communication entre les 2 chaines mammaires.

- oui un mâle peut avoir des tumeurs mammaires, je trouve choquant qu'une telle question vienne d'un véto!
- pour la chienne : 50% de tumeurs cancéreuses, donc c'est au véto d'orienter le choix du propriétaire, en fonction de l'aspect et de la vitesse d'évolution de la tumeur (on ne peut pas déterminer le grade d'un tumeur autrement que par l'histologie, mais certains critères cliniques sont plus péjoratifs : évolution rapide, grappe ou placard...). Personnellement je préfère enlever au moins une demi-chaine mammaire.


- effectuer une autre opération (stérilisation, détartrage) en même temps qu'une mammectomie est une prise de risque importante qui doit bien être expliquée au propriétaire :


- la stérilisation, outre le peu d'intérêt qu'elle apporte à l'animal (il y a déjà des tumeurs, donc c'est trop tard pour la prévention, même sur l'autre chaine; le seul intérêt étant la prévention d'un éventuel pyomètre), augmente considérablement le temps opératoire et donc la durée d'anesthésie sur animal déjà âgé qui risque d'avoir du mal à s'en remettre. Personnellement, à part volonté explicite du propriétaire, je la déconseille.


- le détartrage... bah voyons! On vient de faire une longue cicatrice cutanée, un temps opératoire souvent long, avec le risque infectieux que ça comporte et là on s'amuse à mettre tout un tas de bactéries (la plaque dentaire) en suspension dans l'air, ces petites bactéries vont être super contentes de trouver la cicatrice pour aller s'y développer du mieux qu'elles pourront.


- des placards oedématiés sur une chatte jeune (moins de 4 ans) sur une ou plusieurs mamelles, à 90% ce ne sont pas des tumeurs mais des mastoses (c'est le cas d'une dame un peu plus haut). On les rencontre presque toujours sur des chattes prenant la pilule.
Dans ce cas l'exérèse des masses est fortement déconseillée (plusieurs descriptions de CIVD sur ce type d'opération), le traitement de choix est l'ovario-hysterectomie (car la prise de la pilule entraine presque toujours des anomalies structurelles sur l'utérus), et les corticoïdes. Si c'est insuffisant, alors on envisage l'éxérèse des masses.

- de préférence attendre 2 à 3 mois entre l'exérèse des 2 chaines mammaires (éventuellement et enlever la chaine la + touchée et 1 ou 2 masses sur l'autre).

- fuyez un vétérinaire qui vous certifie qu'à la palpation il peut vous dire si c'est cancéreux ou pas. Il existe des critères péjoratifs (évolution rapide, rougeur importante, oedème, masse irrégulière, en grappe ou en placard), mais qui n'apportent aucune certitude. J'ai aussi déjà vu un grain de riz étant un adénocarcinome de grade 3.

- une pathologie cardiaque ou rénale n'empêche pas forcément la chirurgie, ce sont les analyses complémentaires (échocardiographie, biochimie...) qui vont préciser le risque ASA et ça reste au propriétaire de prendre la décision en connaissance de cause, je suis sidéré qu'un anesthésiste d'école véto refuse d'opérer un animal à 14 de créatinine, sauf s'il y a d'autres problèmes. J'ai opérer des animaux bien plus débilités que ça sans aucun soucis, surtout dans le cadre de l'école avec le monitoring et un anesthésiste dédié à l'animal (luxe que peu de vétérinaires peuvent avoir).

Quoiqu'il en soit, en présence d'un masse mammaire à forte suspicion tumorale, la meilleure démarche est d'intervenir tôt et de manière large, et de faire analyser. Le bilan d'extension (radiographie pulmonaire) s'il est systématique dans un cadre scolaire (bah oui on apprend donc on fait au mieux, peu importe ce que ça coûte), est à relativiser dans le cadre de la pratique courante : il faut le proposer, en expliquant l'intérêt, mais ne pas l'imposer. Par contre si on pense qu'il a un véritable intérêt (suspicion de tumeur cancéreuse), il faut le recommander fortement.

21/01/2012

Le pipi du chat mâle

J'en ai un en ce moment qui est hospitalisé et pour qui le coup n'est pas passé très loin avec ses 3 grammes d'urée initiaux et sa kaliémie à... 2.8 g.

De quoi, il cause lui ?

Les spécialistes auront sans doute flairé le chat bouché.

Mais ouf, ce matin, il mange et réclame le reste de sa pâtée. Et il urine fort et clair !

Si les causes exactes de ces obstruction urinaires (qui surviennent aussi sur de jeunes chat non castrés et pas forcément obèses) sont assez bien cernées et si les fabricants d'aliments mettent désormais sur le marché des croquettes adaptées (il y a 20 ans il était facile d'incriminer la base qualité de celles ci), il n'en reste pas mins que cette pathologie persiste et est au chat ce que la torsion d'estomac est au chien, toutes choses égales par ailleurs.

Alors si on résume.

On laisse toujours autant de litières dans la maison qu'il y a de chats et d'étages (2 chats dans un duplex, ça fait au moins 4 litières...), même s'il y a un jardin et que le chat fait ses besoins dehors. 

Si on peut, on préfèrera les pâtées (fatalement plus chères) et en tout cas on évitera les aliments bas de gamme. Je n'ai pas d'action dans ces grosses sociétés, mais chez Gros Rantanplan, Loyal Lapin,ou  la Queue Nouba je pense que cela devrait faire l'affaire pour les croquettes. En tout cas, je le répète, on évite les aliments bas de gamme.

Allez, si on fait simple : un sac de 1.5 kg à 15 euros dure environ 1 mois pour un chat de 4 kg (et je crois qu'on a du gros Ranbtaplan pour moins cher que ça). Soit 0.50 cents par jour. Honnêtement, s'imaginer faire des économies en achetant des trucs à base de sous-produits d'origine végétale et de graisse de maïs, c'est un peu ridicule face aux risques encourus (et au coût des soins vétérinaires)

Et puis si vous avez le moindre doute sur la constipation de votre chat, foncez chez votre véto afin qu'il contrôle sa vessie.

04/10/2011

Les chats et l'identification

Depuis la loi de 1999, seuls les chats nés chez soi et qui y restaient (ie : qui n'étaient donc pas cédés), pouvaient se passer d'une identification. Les lois changent. A partir du 1er janvier 2012, les chats de plus de 7 mois devront être identifiés (par puce ou par tatouage).

Si le tatouage reste encore un moyen d'identification usuel, il est clair que l'implantation d'une puce électronique tend de plus en plus à s'imposer. Chacun y va de ses arguments en faveur de chaque technique et j'en parle ici.

Le chat dans ce contexte est un peu à part. Son mode de vie à la campagne,  son type de reproduction, les mythes qui l'entourent, la valeur sentimentale qui lui est accordé ou pas, rendent cet animal sous-médicalisé et "sous identifié" depuis longtemps et je doute que les textes de loi changent beaucoup de choses.

Recommandons malgré tout cette identification lors de tout acte de stérilisation (vers 7 à 8 mois idéalement chez moi, mais on peut faire plus jeune, et c'est aussi possible plus vieux !).

Rendons aussi systématique le scannage (balayage électronique ?!) de chaque nouvel animal (chien ET chat) arrivant dans nos structures.

Petite pub au passage pour le livre notre confrère spécialiste belge Joël Dehasse : "Tout sur la psychologie du chat". Quelques redondances parfois, mais la vulgarisation atteind ici ses lettres de noblesse. Indispensable avant de prendre un chat  à la maison.

 

07/09/2011

Le juste prix

Tous les prix qui vont suivre sont des prix moyens exprimés en hors taxe.

appareil de radiologie : 20 000 € (rajouter plusieurs milliers d'euros pour la mise au norme des locaux et les controles obligatoires de l'appareil, sasn compter les formations également obligatoires)

le même, en numérique : 58 000 €

développeuse (pour l'appareil à 20 000 euros) : 4500 €

tablier de protection radiologiue : 250 €

échographe : 16 000 €

appareil d'anesthésie gazeuse : 2000 €

moniteur (ce qui surveille la température, la respiration, le rythme cardiaque) : entre 2500 et 6000 € selon le nombre de paramètres affichés

lampe d'éclairage chirurgicale : de 3000 à 7000 € selon les modèles

table de consultation électrique (celle qui monte quand on appuie sur un bouton et qui permet de mettre à hauteur d'homme, sans se casser le dos, un animal de 50 kg !) : 2500 €

boite de chirurgie : selon les gouts et les couleurs, compter 600 € (50-60 € pour un porte aiguille en tungstène)

détartreur-polisseur : 1700 €

microscope binoculaire : de 750 à 2500 euros selon la qualité des optiques.

stérilisateur (chaleur humide) : 3000-5000 €